NUIT DEBOUT, CHRÉTIENS ASSIS ?

Il y a ces gens debout, ces nuits au parfum incertain de révolution, ou de liberté.
Il y a des slogans, des politiques qui ne comprennent pas trop.
Il y a des jeunes, surtout des jeunes.
Il y a une volonté de construire autre chose, on ne sait pas trop quoi. Sans doute un autre monde, ou au moins une autre manière de vivre dans ce monde, dans lequel on ne se reconnaît plus.

Passer la nuit debout sur une place, de la République, de la Comédie, de Paris, de Montpellier, d’un peu partout en France. Rêver à autre chose. Parler, imaginer, lutter. Être « plus » libre, être « moins » mouton, être « plus » engagé. Jésus aurait-il fait la Nuit debout ? Pourquoi pas un groupe de jeunes Mad in Nuit debout après tout ? Trop à gauche pour être chrétien ?

Je ne l’ai pas vécu, mais j’imagine que mes parents se sont posés cette question en 1968. Un chrétien, est-ce que ça doit forcément être un conservateur peureux qui défend l’ordre social ? Est-ce que je ne pourrais pas rêver d’un autre monde ? Est-ce que je ne DEVRAIS pas rêver à un autre monde ?

Pas de réponse définitive, tu te feras la tienne, mais je te laisse 3 pistes de réflexions.

Ce monde tel qu’il existe ne peut pas être ton idéal chrétien. Tu peux (tu devrais ?) rêver à autre chose, pour toi et pour les autres. Dieu a créé l’homme et l’a mis dans une situation bonne, belle et digne.

Jésus a pleuré en voyant la tristesse de ceux qui l’entouraient face à la mort (Jean 11 v 35 et 38). Il a été indigné de voir la dureté de ceux qui pensaient plus à leurs règles religieuses qu’à un malade qui pourrait être guéri (Luc 14). Il a saccagé les commerces de ceux qui voulaient se faire de l’argent sur le dos de ceux qui venaient adorer Dieu (Matt 21 v12-13)… et il a dit « HEUREUX SONT CEUX QUI ONT FAIM ET SOIF DE JUSTICE » (Matt 5 v 6).

Alors oui, tu peux en tant que chrétien t’indigner de la soif d’ego, de pouvoir et d’argent qui dirige nos modèles de société. Et aspirer à une révolution, à une autre société. Et de ce point de vue-là, l’absence d’indignation, ou pire la condamnation de toute indignation parce qu’il faudrait « respecter l’autorité » m’apparaît parfois bien loin du modèle de Jésus, dans ma vie comme dans la chrétienté en général.

Tu ne peux pas croire que cette révolution-là, que cette espérance-là, que ce nouveau monde, pourra venir d’un mouvement humain.

C’est là sans doute qu’une Nuit debout « christian style » ne serait pas compatible avec sa version « Place de la République ». Parce que s’il y a en l’homme l’aspiration à la paix et à la justice, il y a aussi sa rupture avec Dieu qui l’empêche d’arriver seul à cet état, et qui le condamne à un cycle cruel d’espérance et d’échecs : pour lui-même et pour les sociétés qu’il aspire à construire.

Il y aura toujours l’égoïsme, la lâcheté, la complaisance, la convoitise, qui mettront par terre les projets collectifs les plus ambitieux et les plus respectables. Tu peux rêver de changer le monde, mais il faut savoir que tu n’en es pas capable sans être transformé(e) par Dieu, personnellement et collectivement.

Tu peux aspirer à autre chose.

Dieu te promet qu’il y aura une nouvelle terre et un nouveau ciel, une nouvelle cité où les pleurs ne seront plus et où, ni l’argent, ni la position sociale ne détermineront le destin de ceux qui y seront.

Dieu te dit aussi que dès maintenant, tu peux aspirer à une nouvelle manière de vivre, débarrassée des choses qui nous faisaient entrer en guerre les uns contre les autres. Être chrétien, c’est avoir un idéal, une espérance, croire en un souffle divin qui restaurera les choses, et qui veut commencer à le faire en toi dès maintenant.

 So what ?

On ne changera peut-être pas le monde, mais Dieu le fera. Et d’ici là, tu peux construire, sans résignation, entre chrétiens mais aussi avec ceux qui t’entourent, des ponts vers ce futur, en s’appuyant sur Dieu pour faire reculer peu à peu nos égoïsmes et nos convoitises. Tu peux construire des espaces de vie dans lesquels tes relations et tes comportements anticipent cette révolution à venir : cette révolution à la fois tellement loin et tellement proche de celle à laquelle aspirent ceux qui, nuit après nuit, partagent l’envie d’un autre monde, mais qui prennent le mauvais mode d’emploi.