DES ENVIES DE MEURTRE

7 janvier et 13 novembre 2015. Des dates qui resteront gravées dans la mémoire collective. Comment comprendre que de tels actes ont pu se produire ? Comment comprendre les motivations de ceux qui commettent de telles atrocités ?

Le 18 mars dernier, Salah Abdeslam est arrêté en Belgique, à Molenbeek. Il est le seul survivant du groupe de terroristes qui a attaqué Paris le 13 novembre 2015. Il aurait dû se faire sauter au Stade de France mais il y a renoncé au dernier moment, avant de s’enfuir vers Bruxelles.

Pour beaucoup d’entre nous, il nous est impossible de justifier – et à plus forte raison d’excuser ou de pardonner – ces hommes qui nous apparaissent comme des monstres. On aurait presque envie de les voir mourir pour ce qu’ils ont fait. D’ailleurs, 80% des Français sont favorables à la réintroduction de la peine de mort pour des cas particuliers (qui ne concernent pas seulement le terrorisme).

Mais interrogeons­-nous néanmoins sur nos réactions : vouloir voir mourir ceux qui font mourir, est­-ce réellement juste ? On appliquerait là une logique « œil pour œil, dent pour dent » sans chercher à comprendre les êtres humains qui existent derrière l’étiquette de terroriste (car oui, ce sont bien des êtres humains et non des monstres).

Comprendre pourquoi ils font cela. Comprendre leurs motivations. Comprendre ce basculement d’une vie « normale » à une vie radicalisée.

Je ne suis pas là pour défendre les terroristes et leurs crimes. J’aimerais juste comprendre comment des hommes comme vous et moi dérivent dans une telle radicalité.

Même si cela peut nous sembler étonnant ou absurde, les djihadistes pensent aller au paradis en commettant des attentats. Dans l’islam radical, le djihad est en effet une guerre sainte menée pour la gloire d’Allah et, par extension, contre les occidentaux considérés comme des hérétiques. On a tous entendu dans les médias la phrase que les kamikazes prononcent en ouvrant le feu : « Allah Akbar ! », ce qui signifie « Dieu est le plus grand ». C’est parce qu’ils pensent faire le Bien et servir une cause supérieure que les terroristes acceptent de mourir.

Mais l’explication théologique n’est pas la seule possible. On pourrait mobiliser différentes approches (contexte politique, situation sociale…), mais j’aimerais parler de philosophie (rien de très compliqué, ne vous inquiétez pas). Peut­-être que certains d’entre vous ont déjà entendu parler d’Hannah Arendt et de son concept de banalité du Mal. Cette philosophe juive allemande s’est intéressée en 1961 au procès d’Adolf Eichmann, haut dignitaire nazi qui a organisé la déportation vers les camps de concentration et d’extermination. Arendt décrit cet homme comme une personne banale, père de famille soumis à l’autorité du Reich et accomplissant ce qu’il considérait être son devoir. Cette vision tranche avec l’idée d’un criminel monstrueux, cruel et totalement inhumain. Le concept de banalité du Mal qu’elle développe nous rappelle que l’inhumain se cache en chacun d’entre nous : tout le monde, vous et moi, peut un jour agir de façon inhumaine, en arrêtant de penser et en se laissant diriger par un groupe englobant.

L’influence des autres tient également un rôle important dans ce basculement radical. D’ailleurs, le film de Dennis Gansel, La Vague, nous le montre bien. Il est facile pour un groupe de dériver vers un certain totalitarisme qui devient incontrôlable. Avoir un leader, adopter un code vestimentaire, choisir un logo et un signe de reconnaissance, et exclure tous ceux qui ne sont pas d’accord avec les idées du groupe.

En bref, personne n’est meilleur que les autres : nous sommes tous pécheurs et capables de pécher, peu importe le degré. Malgré tout, Dieu nous aime et aime les terroristes. Et à cause de cela, Il veut que nous les aimions et priions pour eux. « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent. » (Luc 6, versets 27­-28).

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